Interview de Lionel Chataignier Société Pixminds

Interview de Lionel Chataignier Société Pixminds

 

 

Pouvez-vous nous présenter votre société et votre parcours ?

Cela fait une cinquantaine d’année que je suis dans le business Jeux-Vidéo, accessoires gaming. À l’heure actuelle nous distribuons notre propre marque.

Vous avez créé le Museum d’Histoire Virtuelle de Chambéry dédié au Gaming, peut-on en savoir plus ?

Il s’agit d’une collection débutée par mes soins en tant que passionné/chef d’entreprise et qui regroupe la quasi-totalité des machines de jeu de 1978 à nos jours et en état de marche, l’acquisition de ces dernières a été faite soit par des achats, des dons ou des échanges, regroupant toutes les licences SEGA, Nintendo, Neo Geo…) depuis ces trente dernières années. Il s’agit d’un musée d’entreprise.

 

 

Quelle(s) raison(s) vous a/ont poussé à protéger votre collection ?

Purement la passion, le gaming dans sa globalité est non seulement ma passion mais également mon métier. Il y a une dizaine d’années nous avons tout naturellement commencé à garder, collectionner certains jeux et puis au fil des mois/ans la collection s’est agrandie et ce sans connotation ou volonté financière. Une passion qui fédère tous les employés de la compagnie. Le musée fait 200 mètres carrés et attire des gens du monde entier. C’est devenu un véritable lieu d’échange pour les passionnés.

Est-ce que cette passion du rétrogaming vous prend du temps au quotidien ?

Non. Je supervise essentiellement et je vais au musée par plaisir. Si vous parlez de moi en tant que collectionneur ma réponse est toute différente. Oui en tant que passionné cela me prend du temps car il n’y a pas d’argus du jeu par exemple.

 

 

Quelles sont vos motivations ? Est-ce que vous recherchez la rareté d’un jeu, la qualité ? Sachant qu’il y a des jeux très rares mais qui ne sont pas pour autant considérés comme des chefs-d’œuvre du JV.

Effectivement. Parfois des jeux que l’on peut sans honte qualifier de « nanards » atteignent des prix de vente record, il s’agit de l’offre et de la demande et du nombre d’exemplaires mis sur le marché à l’époque. On peut prendre comme exemple la Neo Geo qui était la Rolls-Royce des consoles des années 90, c’est une machine qui s’apparentait à l’arcade. Neo Geo avait proposé une machine pour jouer chez soi qui était vendue 3000 francs à l’époque avec 120 ou 121 jeux d’édités. Par exemple Metal Slug, c’est un jeu en 5 volets, le premier du nom se vend entre 13 et 20000 euros A l’heure actuelle car il est introuvable en comparaison le volet 4 et le 5 ne se vendent « que » 3000 euros. c’est réellement un facteur de « rareté ».

Selon-vous un jeu comme Zelda Breath of the Wild pourrait-il prendre de la valeur sachant qu’il s’est vendu par millions ?

Là encore tout dépend de la version. Le collector Zelda BOTW atteint déjà des prix faramineux pour un jeu récent. On peut prendre l’exemple de la cartouche dorée Nintendo World Championships qui vaut une fortune. Mais effectivement une version « simple » a peu de chance de devenir un objet recherché car le jeu a été beaucoup édité.

 

 

Comment peut-on expliquer la rareté et la valeur commerciale d’un jeu ? Peut-on se baser uniquement sur le nombre d’exemplaires mis en vente ou y a-t-il un facteur qualité voire les deux ?

Il y a le facteur rareté bien évidemment mais on oublie souvent le coté émotionnel que le jeu a pu apporter à certains moments. C’est fondamental, vous avez des jeux qui vont rappeler des souvenirs à des quadragénaires/quinquagénaires, c’est l’effet madeleine de Proust, il doit y avoir un facteur nostalgie.

Quelle est votre pièce la plus importante en terme de prix et/ou ayant la plus grande valeur sentimentale ?

En terme de prix je pense que la Dreamcast qui a été signée par Maziora qui vaut entre 5000 et 10000 euros et j’ai une grosse collection de jeux Neo Geo qui est inestimable car lorsque vous avez réussi à récupérer tous les jeux d’une machine spécifique ce n’est pas l’accumulation du prix du jeu à l’unité qui va déterminer la valeur globale mais le full set. Un full set Neo Geo peut se vendre rapidement 200000 voir 300000 euros.

 

 

Selon vous faut-il être obligatoirement passionné de jeux-vidéo pour investir ?

Il faut les deux. Etre un gamer mais également avoir les moyens financiers. Si vous ne connaissez pas le milieu c’est compliqué car il faut avoir une grande connaissance pour investir car il y a de nombreuses contrefaçons.

Est-ce qu’il y a des astuces pour reconnaître les jeux qui prendront de la valeur ?

Non pas à ma connaissance. Par exemple le GoldenEye sur Nintendo 64 qui avait été vendu une fortune aux enchères et par la suite beaucoup de personnes ont retrouvé le jeu chez eux ce qui a fait perdre toute à ce dernier. Si vous ne savez pas comment reconnaître un fake d’un vrai, la subjectivité, la qualité du jeu il vous sera impossible de juger de la valeur du produit en question.

 

 

Existe-t-il des sources fiables qui référencent la valeur des jeux et si la réponse est non, envisagez-vous de créer un argus ?

Non absolument pas car il s’agit d’une passion de notre groupe mais nous n’avons pas vocation à faire plus à l’heure actuelle. Il n’existe aucune source fiable qui référence les jeux de collections retrograming.

Selon vous est ce que les jeux-vidéo font partie du patrimoine numérique et qu’est-ce que cela peut apporter à votre futur public ?

Oui complètement. À partir du moment où vous avez des sentiments des émotions cela fait partie du patrimoine, vous vous souviendrez toujours de vos vacances en famille alors que vous jouiez à Zelda BOTW par exemple.

 

 

Est-ce que selon-vous il est plus facile de se procurer des jeux anciens via internet ? Est-ce plus simple d’aller faire les brocantes ou pas ?

Les brocantes c’est terminé malheureusement. Il n’y a plus d’intérêt à acheter en brocante et sur internet le problème vient des contrefaçons. Les fraudeurs arrivent à bricoler de façon stupéfiante des jeux de collection et vous vous retrouvez à avoir payé 3000 euros pour un jeu qui vaut 200 euros. Ce qui confirme la question posée précédemment. Il faut être un connaisseur pour éviter de se faire duper. Car pour vérifier l’authenticité d’un jeu il faut le démonter et vérifier les soudures, la notice… Donc il faut s’y connaitre un minimum pour collectionner du rétrogaming et même-moi il m’arrive de douter.

La tendance actuelle est au tout digital, cloud, dématérialisé, pensez-vous que c’est l’avenir du jeu-vidéo ?

Il me semble que ce soit une obligation qui va s’imposer d’elle-même. Ce qui est affligeant c’est que le prix du démat est majoritairement plus cher et en parallèle il est impossible de le prêter, de le revendre et ça reste un bien intangible. Mais malgré ces faits évidents tout le monde ira télécharger son prochain Zelda lorsqu’il sortira (si il sort en démat uniquement). Je pense que la tendance sera aux collectors. C’est-à-dire des jeux qui sortiront en version physiques avec des quantités limitées et cela va accentuer le prix des jeux cartouches et générer une frustration chez les gamers qui n’auront plus leur jeu en bien tangible et augmenter le phénomène de rareté. Prenons Link’s awakening et son édition limitée est un excellent exemple.

Combien de titres sont recensés dans votre collection ? Quel est le plus ancien et le plus récent ?

Pratiquement tous les jeux Nintendo et Mega Drive mais il m’est impossible de vous donner un chiffre exact. J’ai beaucoup de produits que je ramène du japon. J’ai quasiment toutes les machines qui sont sorties et en jeux j’en possède plus de 50 sur 100 de chaque machine.

Avez-vous des idées pour faire évoluer votre musée avec la mode du rétrogaming qui bat son plein ?

Pour être honnête je ne pense pas de cette façon même si le rétrogaming fait un retour fracassant, cela reste sporadique.

Etes-vous de mon avis si je vous dis que les gamers d’aujourd’hui sont les rétrogamers de demain ?

Effectivement. C’est une évolution qui ne s’arrêtera jamais. Les geeks de 2019 seront les rétrogamers de demain. Vous parlerez sans doute avec nostalgie aux « jeunes de demain » de la qualité de BOTW par rapport au petit dernier sorti. Dans 20 ans la switch sera considérée comme une console rétrogaming. Vivement dans 30 ans lorsque les gens parleront de Fortnite comme d’un jeu rétro (rires)

Que pensez-vous de cette engouement pour les portages de vieux jeux sur switch par exemple avec des effets 8 bits, ajouts de défauts alors qu’en parallèle les gamers sont intraitables sur le facteur perfection des jeux récents ? Comme par exemple le jeu Flashback qui m’a totalement traumatisé (rires) et qui a été porté sur Switch ?

C’est un paradoxe en effet et la question à se poser est la suivante : Sur quel jeu le gamer prend il le plus de plaisir ? Est-ce sur le jeu extraordinairement bien fini ou sur celui avec des tonnes de défauts ? Là encore il y a le facteur émotion. Flashback puisque vous en parlez j ’y ai joué sur Mega Drive et Mega CD vous imaginez (rires) ce jeu est très dur. Il s’agit du Graal de l’époque, il est très punitif. Flashback s’est inspiré de Another World sur 3DO dont le concepteur était Éric Chahi.

Nous parlons beaucoup des grosses licences comme Sony, Nintendo, Microsoft, mais pensez-vous que des jeux indépendants comme Dead Cells, peuvent devenir des pièces rares au même titre qu’un Zelda ?

À partir du moment où le jeu est de qualité et qu’il a fait naître des émotions à des joueurs à une période de vie il a les mêmes chances qu’un gros studio 10-15 ans après de générer une envie d’acheter et de collection. Rappelez-vous de Doom par exemple c’était id Software et ce jeu leur a permis de créer un empire. Les jeux ont pris des valeurs intéressantes. Mais là encore encore faut-il que ce soit en version physique.

Pour en revenir au démat, pensez-vous que cette tendance est un facteur qui pousse les collectionneurs à se tourner sur l’univers goodies ? Pour avoir le fameux bien tangible.

Tout à fait. Le démat c’est impersonnel, il n’y a pas l’émotion d’ouvrir sa boite, de tenir le bien en mains donc oui le Goodies pourra être un palliatif au tout démat.

 

 

(suite…)