Test : Beholder: Complete Edition sur Nintendo Switch

BEHOLDER: COMPLETE EDITION

Genre : Aventure, Simulation, Stratégie
Langues : Français, Anglais, Japonais, Espagnol, Allemand, Italien, Néerlandais, Portugais, Russe, Coréen, Chinois
Développé par Warm Lamp Games
Édité par Curve Digital
Sortie France : 06/12/2018
Prix : 14,99€ sur l’eShop
Taille : 1,8 Go
Joueurs : 1
Age minimum : 12 ans

Site Web Officiel

Bienvenue à Krushvice 6, vous êtes Carl Stein, et le Ministère des Affectations vient de vous nommer propriétaire de l’immeuble D, en vous y offrant un appartement pour vous et votre famille. En échange, vous allez devoir gérer l’immeuble et surveiller les locataires en l’honneur de la grande patrie. Grâce à un médicament que l’on vous a injecté, vous n’aurez plus besoin de dormir, ce qui va grandement faciliter votre tâche de concierge. Vous vous rendez donc en bus dans votre nouvelle demeure avec votre petite famille, et en arrivant vous constatez que votre prédécesseur est embarqué par les forces de police. Votre coordinateur, Bruno Hempf, venu vous accueillir, vous explique qu’il n’a pas su s’acquitter de son travail, et qu’il doit donc en payer le prix. Il vous faudra donc ne pas faire les mêmes erreurs ! Il vous annonce également qu’à partir de maintenant, tous les faits et gestes des locataires devront être rapportés au ministère, pour être certain qu’aucun n’est un hors-la-loi. Vous devrez donc documenter toute activité suspecte, mais aussi leurs passe-temps, leurs intérêts et même leurs conversations, pour cela, vous avez quartier libre : caméras de surveillance, espionnage, intrusion furtive dans leur appartement grâce au trousseau de clés que l’on vous confie, écoute aux portes et j’en passe, le ministère est même prêt à fermer les yeux sur les contrefaçons et le chantage, tant que vous restez assez discret pour leur faire croire au respect de leur vie privée, car bon nombre de citoyens croit encore qu’elle ne concerne qu’eux… Tout ce qui peut constituer une preuve doit être noté dans un rapport, et la police s’occupera du reste.

Voici donc votre travail pour lequel on vous paie correctement, et surtout on vous donne une situation plus que confortable ! Maintenant, il va s’agir d’être un bon outil du ministère, ou au contraire un rebelle envers cette politique totalitaire…

Beholder est un jeu dans lequel chacune de vos actions aura un impact sur l’avancée de l’histoire, elles pourront rapidement vous mener à votre perte, ou bien vous faire gravir les échelons pour devenir un citoyen modèle, encensé par le gouvernement mais détesté de la plupart de vos concitoyens. Deux types de jeu sont proposés : l’élite gouvernementale, un mode difficile avec des choix compliqués à réaliser, et le mode apprenant se déroulant dans une période d’assouplissement de l’Etat où vos revenus seront augmentés et vos dépenses réduites, conseillé pour les débutants. À votre arrivée dans votre appartement, on vous explique le déroulement de votre travail : vous avez à votre disposition un téléphone en lien direct avec le ministère pour recevoir vos tâches et vos récompenses ainsi qu’un bureau où faire vos rapports, vous avez également accès à un magasin (accessible par la touche -) où vous pouvez acheter du matériel utile à votre mission, comme des caméras de surveillance, et un journal (s’ouvrant avec R) où vous pouvez voir vos tâches en cours, la carte de votre immeuble avec les habitants et les informations que vous récoltez sur eux, les directives du gouvernement sur les interdictions mises à jour quotidiennement, les preuves que vous récoltez, et les factures que vous aurez à payer. Avec le bouton L, on peut également ouvrir l’inventaire où sont stockés les objets récupérés ou achetés. L’écran de jeu fait aussi apparaître votre argent et votre réputation, qui peuvent être utilisés pour acheter différentes choses, et une horloge ainsi qu’un calendrier vous indiquant le temps qu’il vous reste dans la réalisation de vos tâches.

Pour gérer matériellement votre hôtel, vous pouvez faire des rénovations depuis votre journal pour accueillir de nouveaux locataires et augmenter vos revenus, mais aussi vous rajouter du travail car vous aurez plus de gens à surveiller. Jusqu’à 6 appartements peuvent être occupés, vous et votre famille vivez au sous-sol à côté de la laverie et de la cuisine commune, et vous devez surveiller les trois étages. Cependant, soyez réactifs car si vous vous êtes trop éloignés de votre bureau et que le ministère vous appelle au téléphone, vous devrez payer une amende en cas de non réponse, et votre réputation en pâtira… Vos tâches vont êtres diverses, mais elles auront toujours pour but la surveillance et l’expulsion des opposants à la patrie. Plus la partie avance, plus les directives du gouvernement vont être strictes et donc plus les gens pourront vivre dans l’illégalité sans même le savoir. Vous pouvez alors choisir d’être un parfait espion et expulser à tour de bras, ou bien venir en aide aux habitants en les protégeant de l’Etat, à vos risques et périls.

En règle général, la ligne va toujours être floue car chaque joueur fera entrer en jeu sa morale personnelle, et bien que l’on s’efforce d’expulser les locataires au moindre doute, rien ne nous empêche d’acheter des objets pour notre famille au marché noir quand l’argent vient à manquer, difficile donc d’être irréprochable aux yeux du gouvernement. Le jeu va donc jouer avec votre conscience, essayant de vous faire plier quand il s’agit d’expulser une petite mamie qui ne savait pas qu’il était dorénavant interdit de manger des pommes, mais qui vous dit qu’elle ne produit pas des drogues derrière ses fourneaux ? Et si vous lui venez en aide, quid des représailles, soit du gouvernement, soit de certaines parties qui ne voient pas d’un bon oeil votre laxisme et vos combines, et vous pourriez bien finir avec une balle entre les deux yeux lorsque vous vous y attendrez le moins…

Le style graphique de Beholder est sombre et sinistre. Chaque personnage n’est qu’une silhouette avec des yeux, seulement distinguables les uns des autres par leur corpulence et leur taille. Tout est fait pour tous les déshumaniser au possible, vous êtes l’oppresseur, ils sont les bandits potentiels, mais au fond tout le monde est semblable, et écrasé par un pouvoir totalitaire. Le jeu est un dilemme moral, et son atmosphère l’appuie avec brio, tant dans ses sonorités lugubres que dans sa noirceur ambiante. Tout est noir, des corps des humains aux rares injonctions humoristiques. Les faibles lumières éparses ne parviennent jamais à apporter une chaleur réconfortante, même votre foyer est froid, tout a atteint un point de non retour.

Si la dépression avait une forme palpable, elle serait sûrement très proche de la direction artistique de Beholder. C’est déprimant même de le dire, mais cette esthétique est un énorme succès, elle colle parfaitement au contenu du jeu.

Beholder sur Switch est une édition complète, c’est à dire qu’elle inclut le DLC précédemment sorti sur PC, qui est accessible une fois l’histoire principale terminée une première fois. Cette dernière n’est pas très longue, elle peut être bouclée en seulement quelques heures, mais le jeu est pensé pour pousser les joueurs à relancer une partie et essayer de faire des choix différents, pour voir ce qui peut arriver. La partie peut être écourtée avant la fin si votre personnage se fait assassiner, ce qui peut arriver si vous réveillez les instincts violents d’un locataire un peu trop agressif…

Le jeu est incroyablement complet pour une durée de vie assez réduite, mais l’ambiance est si pesante que l’on n’a pas envie que la partie s’éternise plus que de raison, c’est un point fort en réalité, et il pousse encore plus à la rejouabilité, mais pas plusieurs heures d’affilées pour la protection de notre santé mentale… Comme on ajoute à cette partie le DLC, alors le jeu en vaut clairement la chandelle, puisqu’un nouveau scénario inédit se dévoile, et il faudra redoubler d’efforts pour faire le tour des deux histoires moyennant plusieurs parties différentes, ce qui peut être fait en un peu plus d’une dizaine d’heures, sans mourir prématurément bien entendu, et ce n’est pas chose aisée…

Il n’existe pas d’adaptation vidéoludique de 1984, mais Beholder est un candidat de choix pour postuler à ce titre là, aux côtés de jeux tout aussi riches en enjeux politiques que Papers Please. Beholder n’est pas fait pour passer un bon moment et se vider la tête après une dure journée de travail, c’est un jeu lourd et chargé en émotions, qui va vous retrancher aux limites de votre morale et de vos convictions, et il y a de fortes chances que chaque partie soit plus déprimante que la précédente… Sous de faux airs de simulation de gestion immobilière, Beholder va vous forcer à vous plier aux exigences d’un gouvernement totalitaire de plus en plus strict, ou bien au contraire à vous rebeller contre celui-ci, mais il est plus probable que les deux s’entremêlent et que vous vous retrouviez enfoncés dans un bourbier inextricable, détesté autant par votre famille que vos locataires… Malgré tout cela, c’est un jeu excellent qui réussi tout ce qu’il entreprend, son univers et son scénario glauque et pesant sont appuyés par sa direction artistique lugubre et déshumanisante, et il va sans cesse vous faire douter sur votre vision du bien et du mal, qui n’a ici pas lieu d’être puisque vous êtes vous même esclave du système pour lequel vous oeuvrez. Vous l’aurez compris, avec la charge mentale et émotionnelle qu’il va exiger, Beholder n’est pas à mettre entre toutes les mains, même sa limite d’âge conseillée paraît un peu faible pour pouvoir encaisser toute la violence mentale qu’il contient, mais on fera difficilement mieux en tant que jeu dystopique à souhait.

Test réalisé par Natingle42 sur une version offerte par l’éditeur
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