Test : Enterre-moi mon amour sur Nintendo Switch

Enterre-moi mon amour

Genres : Aventure, Simulation, Education
Langues : Anglais, Français, Espagnol, Italien, Allemand
Éditépar Plug-in-Digital
Développé par The Pixel Hunt
Sortie France : 10/01/2019
Prix : 4,99 € sur l’eShop, pas de version boîte
Taille : 822 Mo
Joueurs : 1
Age minimum : 7

Site Web Officiel

Nour est une jeune syrienne qui a choisi de fuir son pays afin d’éviter la guerre et la menace terroriste permanente. Elle rêve d’un avenir meilleur et voit en l’Allemagne un El Dorado difficilement accessible mais prometteur. Son amour, Majd, devra quant à lui rester à Homs, afin de prendre soin de sa famille qui n’a ni les capacités physiques ni les moyens financiers pour entreprendre un voyage aussi hasardeux. Débute alors une correspondance téléphonique, ou épistolaire 2.0, ponctuée de SMS, de smileys et autres selfies liant tant bien que mal nos deux tourtereaux au futur incertain.

Dès l’entrée en matière, Enterre-moi mon amour pose l’ambiance, puisqu’il confronte Nour à des dangers que seule sa détresse textuelle saura suggérer aux yeux de l’impuissant Majd. En effet, à la manière de la série LifeLine sur Smartphone, le soft est un visual-novel uniquement ponctué d’échanges écrits, et les conseils prodigués par le jeune syrien que nous incarnons seront plus ou moins fidèlement interprétés par notre interlocutrice. Aussi, il s’agit d’un jeu à embranchements proposant pas moins de 19 fins différentes, dont la qualité d’écriture varie grandement d’un cheminement à l’autre. Ainsi, si la première aventure testée s’est fatalement terminée au bout d’une petite heure, la deuxième fut plus riche en rebondissements, et dotée d’une fin poignante. Cependant, la troisième enchaînait des clichés langagiers assez perturbants -pour ne pas dire frustrants- et Nour n’en faisait qu’à sa tête, ignorant ponctuellement nos sages conseils pour se fourrer dans les guêpiers les plus épineux. Paradoxal lorsque l’on considère que l’immersion d’un tel soft est censée dépendre de nos choix, avant tout! En outre, ce cheminement précis souffrait d’incohérences notables (les réactions et expressions des personnages sonnant faux pour des natifs syriens) et d’un soupçon de drama inapproprié pour un jeu abordant une thématique aussi délicate, sur fond d’adultère et de mensonges. Un peu décevant, mais il ne faut pas oublier que le jeu propose bien d’autres options et qu’il serait réducteur de le déconsidérer pour ses quelques écueils narratifs. Les développeurs affirmant s’être appuyés à 90% sur des témoignages authentiques pour élaborer leur aventure textuelle, on restera confiant dans leur volonté de nous offrir une expérience la plus crédible possible.

Le gameplay est d’une extrême simplicité, puisque l’on pianote sur le smartphone de Majd. On dispose ainsi d’un système de localisation, nous informant du cheminement de Nour en temps réel, et de quelques choix de réponses prédéfinies alternant entre des déclarations éperdument sentimentales, des conseils avisés ou un simple emoji ! Aussi, il arrive que certains choix requièrent une petite recherche documentaire en parallèle, afin de ne pas envoyer Nour dans la gueule du loup (Par exemple, il serait impensable de lui conseiller de suivre un sombre inconnu dans une Damas au cœur du conflit militaire!)

Toutefois, les réponses proposées sont parfois d’une étonnante maladresse. Par exemple, notre conjointe, infirmière de profession, devra, dans l’un des parcours, amputer une civile avec les moyens du bord. Notre héros n’aura rien de mieux à proposer qu’un smiley malade, un smiley horrifié, et un selfie soulignant son dégoût capté sur le vif. Peu crédible lorsque l’on sait qu’il s’adresse à sa bien-aimée et qu’un peu de réconfort et de soutien lui feraient le plus grand bien… Aussi, les personnages ont tendance à abuser du second degré alors que la situation ne s’y prête aucunement. Il est parfois difficile de ressentir la moindre compassion lorsque les protagonistes réagissent avec tant de cynisme face à un danger de mort potentielle ! L’autre petit souci réside dans l’automatisme des réponses de Majd ; ce dernier enchaîne souvent les courtes répliques sans que le joueur n’ait à appuyer sur le moindre bouton. Dès lors s’ensuivent des échanges interminables où il se trouve réduit à l’état de spectateur impotent. A ce sujet, l’échange souffre de sa non-réciprocité : nous apprenons beaucoup de choses au sujet de Nour, mais cette dernière se préoccupe rarement de son époux, et ce dialogue à sens unique ressemble parfois davantage à un interrogatoire qu’à une discussion galante.

Les graphismes sont basiques mais efficaces, et l’illusion d’une véritable application de discussion instantanée est parfaite. Malgré tout, force est d’admettre que l’immersion est infiniment moins poussée que sur Smartphone. Le soft propose une vue horizontale et verticale. La première centrera l’écran du téléphone et comblera le vide avec le dernier artwork reçu durant la conversation avec notre interlocutrice fictive. A ce sujet, attention aux joueurs qui auraient l’idée, certes incongrue, de jouer en mode dock à Enterre-moi mon amour. En effet, les artworks (réussis au demeurant) ont tendance à demeurer fixes durant de longues minutes, et il est bien connu que certains écrans n’apprécient aucunement un tel traitement favorisant les brûlures. Méfiance !

D’un point de vue sonore, c’est le strict minimum. Les notifications se suivent et se ressemblent, même si des thèmes discrets viennent parfois valser avec la narration, notamment afin d’attirer l’attention du joueur lorsque Nour est en danger. De surcroît, chaque fin est marquée par un message vocal, véritable conclusion et point d’impact d’un cheminement plus ou moins glorieux pour notre héroïne.

La durée de vie du soft dépendra de votre implication -ou non!- dans l’histoire dramatique de Nour et Majd, et de votre envie de suivre chacune des 19 réalités parallèles qui s’offrent au couple. Cependant, il est vraiment dommage de ne pas pouvoir enregistrer et visionner à nouveau les différents cheminements, ou tout simplement reprendre à un embranchement en particulier afin d’étudier les autres ramifications. Si vous souhaitez découvrir un nouvel aspect de l’histoire, il vous faudra, purement et simplement, repartir de zéro !

En outre, et c’est peut-être là le plus gros défaut de ce portage : il s’agit à l’origine d’un jeu smartphone, dont les spécificités ne peuvent tout simplement pas s’adapter à la Nintendo Switch ! Ainsi, le mode “Temps réel” a tout simplement disparu. Adieu notifications et absences momentanées de Nour. En effet, si le joueur pouvait attendre durant de longues heures des nouvelles de sa bien-aimée sur son téléphone Android, il n’en est rien sur la transportable de Nintendo, et il devra enchaîner les histoires en se contentant d’ellipses temporelles sur un fondu au noir. Le souci, c’est que l’immersion en pâtit terriblement et le joueur finit presque gavé par une accumulation d’événements fortuits lui sautant à la gorge ! Difficile, dans ces conditions, de ressentir la moindre empathie pour notre protégée, qui enchaîne les déboires à vitesse grand V. Des runs qui pouvaient s’étendre sur une dizaine de jours, sur la version Smartphone, se terminent ici en deux ou trois heures… Éprouvant ! Enfin, il convient de noter que lors de la séance de test, il est arrivé plusieurs fois qu’un bug empêche de dépasser l’écran-titre, en handeld mode, et qu’il faille désinstaller puis réinstaller le jeu afin de contourner le problème. Espérons qu’un correctif corrigera ce désagrément.

Enterre-moi mon amour est un jeu singulier. Véritable oeuvre humaniste et engagée, le soft traite d’un thème très sensible en mettant l’accent sur les déboires de ces milliers de personnes obligées de fuir leur pays afin de trouver refuge en occident. Sur smartphone, il s’agit d’une expérience poignante et immersive qui ne laissera aucun joueur indifférent, malgré la maladresse de certains cheminements narratifs. Mais sur Switch, que reste-t-il de l’empathie suscitée par une conversation téléphonique fictive ? Malheureusement, ce portage prouve que toute expérience, aussi excellente soit-elle, n’est pas adaptable au format console. Si vous n’avez pas de smartphone afin de profiter de ce visual novel au concept singulier, la Switch constituera une option de secours bienvenue. Dans le cas contraire, Enterre-moi mon amour ne pourra pas prétendre au statut d’indispensable de l’Eshop. L’appréciation finale tient ainsi compte de la qualité indéniable du soft d’origine, mais aussi de l’écueil inévitable d’une adaptation inappropriée au format cible.

Test réalisé par Ventnocturne sur une version offerte par l’éditeur
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