Test : Leisure Suit Larry – Wet Dreams Don’t Dry sur Nintendo Switch

Leisure Suit Larry – Wet Dreams Don’t Dry

Genre : Point & Click, Casse-tête, Aventure
Langues : Allemand, Anglais, Espagnol, Français, Italien, Russe
Développé par CrazyBunch
Édité par Assemble Entertainment
Sortie France : 13/06/2019
Prix : 39,99€ sur l’eShop, 39,99€ version boîte
Taille : 1793,06Mo
Joueurs : 1
Age minimum : 18

Site Web Officiel

Lendemain de soirée difficile pour le pauvre Larry, qui s’éveille dans un laboratoire scientifique sordide dissimulé dans les égouts d’une ville moderne, après avoir sommeillé durant plus de trente ans ! Très vite, notre quadragénaire comprend qu’il a été enlevé par des extraterrestres et qu’il va devoir composer avec un monde qu’il ne comprend pas encore : bienvenue en 2018, avec ses smartphones éphémères, ses rendez-vous sur Timber, ses stories sur Instacrap et autres incongruités qui ne manqueront pas de faire passer notre héros pour un dinosaure qui n’a pas su tourner la page des eighties !

Les scénaristes ont ainsi opté pour un conflit générationnel en guise de toile de fond, permettant aux habitués de la série d’observer leur personnage favori dans des situations grotesques, lui qui n’a de dernier cri que son récent minitel, sa chemise disco et celui poussé par la dernière femme qu’il a ouvertement draguée d’une manière peu cavalière. Que les amateurs se rassurent ! Si Larry Laffer évolue désormais en milieu inconnu, il n’a rien perdu de sa verve romantique, et les dialogues douteux coulent à flot dès lors que notre énergumène  croise le chemin d’une poitrine opulente. Amis du bon goût, bonjour : préparez-vous à passer quelques heures en compagnie de ce vieux tonton un peu balourd, qui vous fera sourire le temps d’une soirée, et honte les 364 autres jours !

Mais si la subtilité n’est pas le fort de notre sympathique lourdaud, il faut tout de même reconnaître à ce Leisure Suit Larry une dimension satirique assez surprenante. En effet, dès la première heure de jeu, Larry s’entichera d’un superbe smartphone de la marque à la prune, lequel lui glissera de précieux conseils pour obtenir des likes sur Timber et, à terme, conduire à son lit des créatures que son index aura fait glisser vers la droite quelques jours auparavant. Le but étant de jouir d’une popularité assez forte pour atteindre la sublime Faith, collaboratrice du richissime et véreux Bill Jobs, qui règne d’une main de maître au sommet d’une immense tour phallique (cela ne s’invente pas !). Et autant dire que les scénaristes s’en sont donné à cœur joie pour brosser un portrait caustique de notre monde contemporain. De la folle furieuse accro à Instacrap, qui fait des lives depuis les toilettes publiques, à ce barman hipster qui préconise la consommation de soja périmé sans gluten, en passant par ces ingénieurs libidineux prônant ou déconstruisant l’image déjà peu reluisante des DLC et du pay2win… personne n’est épargné ! Et même si certaines critiques demeurent maladroites ou éculées (notamment la parodie de Steeve Jobs qui semble en retard d’une grosse dizaine d’années !), il faut reconnaître qu’un tel parti pris arrachera plus d’un sourire au joueur. En outre, il faut noter que l’écriture de Larry semble également influencée par les standards actuels, puisque derrière l’apparente décrépitude morale du personnage (un pervers narcissique sans limite !) se cache parfois une humanité déconcertante, notamment lorsqu’il fait preuve d’abnégation pour venir en aide aux PNJ (pensons notamment à une certaine mission durant laquelle vous devrez aider un couple homosexuel à se réconcilier et à se marier). Nous saluerons donc l’initiative de proposer un contexte moins bébête qu’il n’y paraît au premier abord ; et même si la parodie n’égale pas, par exemple, cette subtile stupidité (ou stupide subtilité ?) d’un épisode de South Park ou des Simpsons, elle a le mérite d’offrir une lecture très acide de nos mœurs. D’autant plus que la traduction des dialogues est de bonne qualité, si l’on excepte certains oublis, notamment liés aux destinations dont le nom se voit remplacé par un étonnant « missing« . Un correctif serait souhaitable !

Leisure Suit Larry est un point & click à l’ancienne : votre personnage parcourt différents tableaux, ramasse des objets (beaucoup, BEAUCOUP trop d’objets !) et converse avec des protagonistes hauts en couleurs afin d’accomplir son rêve : devenir une icône de la séduction ! L’ennui, c’est qu’il doit généralement, pour faire avancer l’histoire, mener à bien des quêtes Fedex, les PNJ ayant la fâcheuse habitude de convoiter tel objet disponible à l’autre bout de la ville. Ledit objet ne sera jamais simple d’accès, puisqu’il sera retenu par un autre PNJ / une machine / un animal qui réclamera lui-même une babiole située à l’autre bout de la ville ! Et de fil en aiguille, le joueur se retrouve rapidement à sillonner les ruelles sombres et les clubs de strip-tease afin de mettre la main sur le fameux CD qui permettra d’alimenter le gramophone qui jouera un son si strident qu’il cassera la cloche donnant accès au livre, lequel sera enfin remis à la pole-danseuse afin de perfectionner son art. Oui, Leisure Suit Larry est CE genre de jeu, il faut en être conscient avant de se lancer dans l’aventure ! D’autant plus qu’une option de combinaison des items vient augmenter la difficulté du titre, parfois en outrepassant les frontières de la logique. Ainsi, comment vous-y prendrez-vous pour récupérer des clés perdues dans une bouche d’égout ? C’est pourtant simple : il faut ramasser un vieux chewing-gum durci, le faire mâcher à un chien errant, en échange d’un jouet canin, afin de lui rendre sa mollesse originelle. Ensuite, il convient d’assembler un lacet et un rouleau de réglisse pour créer une ficelle assez longue qui, combinée au chewing-gum, offre l’obtention d’un yoyo adhésif ! Et voilà la clé en poche ! Inutile de dire qu’à moins d’être familier au genre du point & click, il est conseillé d’avoir une solution à portée de mains, tant l’esprit torturé des développeurs s’est plu à imaginer des situations toutes plus extravagantes les unes que les autres !

A propos du gameplay, il convient de distinguer le jeu au tactile et aux Joy-Con. Nous vous conseillerons d’oublier définitivement le premier choix. En effet, les décors fourmillent de petits détails cliquables que vos gros doigts ne pourront atteindre aisément ! De plus, certaines manipulations, comme l’utilisation d’un objet, sont assez peu ergonomiques. La maniabilité aux boutons est quant à elle satisfaisante, même si elle nécessite un temps d’adaptation non négligeable. Le joystick droit remplacera alors la souris d’un ordinateur (modifiez sa sensibilité dans les options !) et permettra à Larry d’interagir avec certains éléments. Afin de faciliter leur distinction, un simple appui sur la touche « bas » du Joy-Con révélera l’intégralité des points d’attrait. La touche « + » est réservée à l’affichage du smartphone, que l’on utilisera notamment pour appeler un Unter, ou taxi qui conduira notre héros vers sa prochaine destination. A ce sujet, il est regrettable de ne pouvoir appeler une voiture que lorsque l’on se situe dans la rue, et non depuis chacun des tableaux proposés. Le soft imposant de très nombreux allers et retours, nul doute que les joueurs auraient pardonné cette petite incohérence au profit d’une facilité de gameplay. Nous pointerons également du doigt le système de sauvegarde qui impose de retourner au menu principal, et n’autorise aucune save automatique. Enfin, précisons que l’utilisation de Timber, quoique très amusante, ne permet aucunement d’influencer le déroulement de l’histoire, et reste purement cosmétique. Pas d’aventure personnalisable, donc, et encore moins de quêtes annexes ! Dommage ! On imagine fort bien ce qu’aurait pu permettre un tel système, avec des rendez-vous optionnels tous plus gratinés les uns que les autres !

Graphiquement parlant, le titre est une réussite. Les décors et les personnages sont entièrement dessinés à la main, ce qui offre à cette réalisation un cachet très particulier. Les environnements fourmillent de détails et de gags d’arrière-plan, même si l’humour phallique pourra en rebuter plus d’un. Les éclairages sont esthétiquement parfaits, et le soft parvient à conserver cette atmosphère singulière lorgnant entre soirées torrides à Las Vegas et ambiance bon enfant, notamment grâce à des personnages excentriques et au caractère prononcé. Nous remarquerons aussi que le chara-design se veut moins caricatural que par le passé, peut-être encore une fois pour cadrer davantage avec les attentes du public actuel. Enfin, une certaine scène à l’ambiance très rétro ravira à la fois les fans de la première heure et les détracteurs du président à la houppette blonde. Nous n’en dirons pas plus !

Quant à la bande-son, elle alterne entre des pistes jazzy, disco et rétro-futuristes, et correspondent parfaitement à la rupture générationnelle opposant le pauvre Larry à ce nouveau monde qui le dépasse ! Les doublages anglais, eux,  sont de grande qualité. Généralement hystériques et surjoués (les personnages peuplant ce petit monde éteint tous atteints d’une certaine folie communicative), ils insufflent beaucoup de vie et de rythme à l’aventure.

La durée de vie du titre est tout-à-fait honorable pour le genre. Il faut compter entre six et dix heures pour en voir le bout, selon notre perspicacité, notre patience ou, au contraire, notre propension à jeter notre dévolu sur la solution lorsque les énigmes proposées seront trop difficiles ou dénuées de logique. Toutefois, il faut admettre que ce Wet Drams Don’t Dry peut souffrir d’un trop grand classicisme, ne proposant rien de plus qu’une aventure très linéaire : un comble pour un jeu axé sur la séduction ! Il faut reconnaître que des mastodontes comme les Walking Dead, The Wolf Among Us et Life is Strange sont passés par là et que, depuis les années 80, le point & click a su évoluer ! Dès lors, on se demande si l’on n’aurait pas préféré un petit jeu d’aventure tel que Magna Cum Laude sur Playstation 2, forcément plus accessible. D’autant plus que la drague n’est finalement qu’une toile de fond, ici. La critique du monde moderne est centrale, et l’on sent que les développeurs se sont davantage plu à faire de ce Larry un ingénu de Voltaire critiquant un univers qui l’intrigue, plutôt que d’assumer pleinement le côté irrévérencieux et libertin des anciennes productions. 

Aussi, il est évident qu’un tel jeu ne propose quasiment aucune rejouabilité. Dès lors que vous aurez atteint vos objectifs (ou pas ?), vous ne garderez qu’un souvenir plaisant de cette satire passée en compagnie d’un gentil loser, sans éprouver le besoin de relancer une partie. Ironie du sort puisque le titre risque, lui aussi, de n’être qu’une jolie petite expérience un brin éphémère parmi tant d’autres, à l’image de cette boulimie de médias qu’il dénonce.

Toujours très drôle et irrévérencieux, Leisure Suit Larry – Wet Dreams Don’t Dry vise là où on ne l’attendait pas, et propose une lecture douce-amère de notre société de consommation. Rempli à ras-bord de références geek / nostalgiques et parodiant sans honte la plupart des firmes qui se sont immiscées plus ou moins durablement dans notre vie, le soft est devenu une satire grimée en jeu de séduction ! Même si ses dialogues sont parfois très gras, on finit par se prendre de sympathie pour ce gentil ringard qui s’adapte tant bien que mal aux incongruités d’un système devenu fou. Toutefois, à l’image de son personnage principal, la série semble prisonnière des standards d’antan, et n’a quasiment pas renouvelé son gameplay, s’appuyant davantage sur sa plantureuse plastique, toute de dessins faits-main vêtue. Aussi, et même si nous conseillerons aux joueurs de swiper vers la droite lorsqu’ils feront la rencontre de ce nouveau Leisure Suit Larry, ils devront être conscients que cette relation, aussi délectable soit-elle, ne risque de durer que quelques soirs aux lendemains incertains.

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Test réalisé par Yorick sur une version offerte par l’éditeur
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