Test : Spyro Reignited Trilogy sur Nintendo Switch

 Test : Spyro Reignited Trilogy

Genre : Aventure, Plateforme
Langues : Anglais, Allemand, Français, Espagnol, Néerlandais, Italien, Portugais
Développé par Toys for Bob
Édité par Activision
Sortie France : 03/09/2019
Prix : 39,99€ sur l’eShop, 39,99€ version boîte
Taille : 15.00 GB
Joueurs : 1
Age minimum : 7

Site Web Officiel

Ah, Spyro ! Qui aurait pu croire un seul instant, en incarnant le petit dragon intrépide qui fit les beaux jours de la Playstation, que l’animal réchaufferait d’un souffle ardent les mains fébriles des joueurs Nintendo ? C’est pourtant dans un ciel vidéo ludique fortement constellé de portages et remakes que le reptile a choisi de s’envoler à nouveau. Et il n’est pas question ici d’un fainéant lissage HD mais bien d’une totale refonte graphique qui épouse les standards actuels. Malgré tout, la bête a su se faire attendre, et son voyage vers les contrées de la firme de Kyoto aura duré presque un an. Le temps de réaliser un portage convenable sur une console qui, malgré son indéniable intérêt nomade, accuse un certain âge d’un point de vue technique ? Faites bouillonner les ventricules de dragon et fumer les nasaux. C’est parti pour le test de Spyro Reignited Trilogy !

Dans sa première aventure, sobrement intitulée Spyro the dragon, le quadrupède écailleux se vit fort dépourvu lorsque la bise d’un certain Gnasty Gnorc fut venue. L’odieux personnage aux allures d’ogre irascible a en effet transformé l’intégralité des dragons peuplant le royaume en cristaux. Tous ? Non ! Car un audacieux et malicieux dragonneau résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et il compte bien sillonner le monde entier afin de délivrer ses comparses et donner à cet impitoyable Gnasty une leçon bien méritée ; et qu’importe si elle doit s’accompagner d’un coup de crâne bien placé et de quelques flammèches revanchardes.  Mais comme la quiétude n’est pas le propre du héros de jeu-vidéo, à peine ce fléau sera-t-il endigué qu’une menace plus sombre encore pèsera sur les terres de nos reptiles.

Dans Spyro Ripto’s Rage (sorti à l’époque sous le nom européen Gateway to Glimmer), opus chéri des fans de la licence, c’est l’odieux Ripto qu’il faudra repousser afin de l’empêcher de prendre possession d’Avalar. Enfin, le troisième épisode, Year of the dragon, met en scène un Spyro accompagné de divers acolytes (jouables), lesquels rencontreront une redoutable sorcière et voleuse d’œufs de dragon.

Les différentes histoires qui nous sont contées dans cette Spyro Reignited Trilogy alternent entre des personnages stéréotypés mais véritablement attachants. Jeune public oblige, l’intrigue est très souvent manichéenne à souhait. Les adversaires sont de ces méchants qui, prenant la fuite, promettent qu’ils vous tueront la prochaine fois… au détour d’un énième rire diabolique ! Toutefois, il faut noter que l’univers coloré véhicule une bonne humeur omniprésente. L’aventure égrène des petites touches humoristiques, tant dans les animations des personnages que dans les savoureux dialogues. À ce sujet, le personnage de Spyro se révèle de très bonne compagnie. Ainsi, son cynisme de cour de récré vous décrochera occasionnellement un rictus.

Du point de vue du gameplay, cette trilogie joue la carte du plaisir immédiat. Les divers protagonistes distillent de précieux conseils permettant de prendre le dragon en mains. En outre, l’animal dispose d’une vaste palette de mouvements qui s’enrichit progressivement au gré des différents volets. Quoique assez impotent au début, la bête gagne en souplesse dès le deuxième épisode. Il obtient alors les capacités de gravir des échelons, de nager ou encore d’exécuter une Super Charge dévastatrice. Ajoutées à son souffle ardent et à ses vols planés parfois maladroits, elles promettent à Spyro un bel avenir en tant que cracheur de flammes ! Enfin, le troisième opus perfectionne une recette qui a fait ses preuves, en offrant au joueur la possibilité de contrôler d’autres personnages secondaires, tels qu’une petite femelle kangourou, un pingouin armé jusqu’au bec ou un yéti un peu balourd.

La progression récompense constamment le joueur. En effet, la complétion des niveaux s’opère en récoltant divers joyaux, lesquels servent de monnaie d’échange. Commercer avec l’avare et arriviste Richard (anciennement Gros-Sous) sert à débloquer des compétences ou libérer nos acolytes injustement emprisonnés. De surcroît, certaines arches confèrent au dragon un pouvoir éphémère, représenté par une jauge chronométrée. À nous le plaisir temporaire d’un puissant envol, ou l’incommensurable sentiment de puissance d’un jet de boules incandescentes !

Toutefois, il faudra parfois composer avec une caméra capricieuse (bien que paramétrable) et l’on pestera notamment lorsqu’il faudra poursuivre d’insupportables fuyards dans des pièces circulaires. Aussi, certains niveaux sont d’une difficulté réellement frustrante. Nous pensons notamment aux défis de vol permanent, qui consistent en une collecte de différents items dans le temps imparti. La moindre chute dans l’eau équivalant à un échec, il y a de fortes chances que le reptile finisse sa course dans l’océan… Et votre manette, dans l’écran de votre beau téléviseur. Heureusement, ces levels seront remplacés par des phases de skateboard dans Year of the Dragon. Ces derniers sont plus techniques certes, mais sensiblement plus gratifiantes.

Graphiquement, la production de Toys for Bob était attendue au tournant. D’une part car cette Spyro Reignited Trilogy devait rendre honneur à la production originelle d’Insomniac Games ; d’autre part pour la fluidité et la résolution de la version Switch. Esthétiquement, c’est une véritable réussite. L’univers est magnifique et invite à la rêverie. Chaque opus dispose d’une identité visuelle forte, et les éclairages ont bénéficié d’un soin tout particulier. Aussi, le level-design, sans égaler le génie d’un Royaume Champignon, offre de belles séquences de plateforme et de recherche d’objets cachés.

Quant à cette version Switch, il est clair que les développeurs ont dû faire certaines concessions. Tout d’abord, ils semble qu’ils aient fait le choix d’une résolution dynamique. Celle-ci s’adapte à la quantité d’éléments affichés à l’écran, et permet au jeu de maintenir un framerate assez constant. Forcément, il faudra se contenter de textures peu détaillées et d’un réel crénelage qui irrite la rétine si l’œil s’y aventure de trop près. Il arrive même que l’image soit comme recouverte d’un filtre granuleux, ce qui peut rebuter les joueurs les plus tatillons. En conséquence, le jeu demeure assez fluide malgré quelques toussotements déjà présents sur les versions consoles de salon. La faute à un léger frame pacing qu’aucune mise à jour n’a finalement corrigé. On vous conseillera davantage le mode portable, qui procure une expérience très agréable et qui atténue logiquement ces défauts techniques.

En ce qui concerne la bande-son, elle est merveilleuse. Les thèmes originaux, modernisés, palpitent encore, comme animés par une brise nostalgique, et le charme opère toujours. Les bruitages cartoonesques sont comiques. Et le doublage, très caricatural, a joui d’une réelle attention. Les amateurs de la première heure auront probablement quelque réticence face à ce nouveau Spyro à l’intonation plus adolescente, mais jubileront de voir que les doubleurs ont finalement mis du cœur à l’ouvrage !

Les opus de la licence n’ont jamais brillé par leur durée de vie. Mais ici, le joueur dispose de trois belles aventures ! Il pourra achever ces dernières en six à huit heures chacune en ligne droite, et une bonne dizaine s’il souhaite débusquer tous les collectibles. Cela lui offrira notamment l’accès à des mondes finaux et quelques autres belles surprises. Comme évoqué précédemment, la progression est toujours généreuse, et récompense l’effort fourni. C’est un plaisir de débusquer tous les secrets qui peuplent ce monde d’écailles et de flammèches.  Même si quelques pics de difficulté pourront ralentir les pérégrinations du dragonneau, celui-ci se satisfera de la variété des situations rencontrées.

La rejouabilité est quant à elle fort honorable. Ainsi, nous avons été ravis de parcourir à nouveaux le Royaume des Dragons, alors même que nous l’avions déjà sillonné de long en large sur PS4 Pro. Et même si cette dernière version avait l’avantage de flatter la rétine comme autant d’étincelles jaillissant du souffle de la chimère… Rien ne vaut une bonne chaufferette qui tient dans la poche, prête à rugir dès qu’un orc malintentionné se présente !

L’adage veut que ce sont dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes. Il serait plus vrai d’affirmer que c’est dans un pot flambant neuf que l’on rend le mieux honneur aux antiques recettes ! Cette Reignited Trilogy a tout d’une madeleine de Proust. Sans nul doute, elle replongera le joueur au cœur d’un univers coloré que son cœur avait chéri autrefois. Très respectueux du matériau d’origine, ce remake à la plastique rutilante réactualise un genre qui s’est raréfié avec le temps. Et s’il n’a nullement l’intention de renouveler le plateformer 3D, Spyro réaffirme avec fierté qu’il fut l’un des mastodontes à en poser les bases. Sur Switch, le soft se heurte à des contraintes techniques réelles en mode docké. Malgré tout, un travail très honorable a été accompli pour rendre l’expérience portable très convenable. Peut-être le compagnon idéal pour les froides nuits d’hiver ?

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