Test : Rebel Cops sur Nintendo Switch

Test : Rebel Cops

Genre : Stratégie
Langues : Allemand, Anglais, Espagnol, Français, Italien, Japonais, Coréen, Portugais, Russe, Chinois
Développé par Weappy Studio
Édité par THQ Nordic GmbH
Sortie France : 17/09/2019
Prix : 9,99€ sur l’eShop
Taille : 1883,24Mo
Joueurs : 1
Age minimum : 18

Site Web Officiel

Dernier né des productions Weappy Studio, à qui l’on doit notamment les bons mais perfectibles This is the police 1 et 2, Rebel Cops nous fait la surprise d’une sortie sur Switch. Se déroulant dans le même univers que le diptyque à succès sur Steam, il entreprend cependant un tournant brutal du côté de la stratégie pure. Ainsi, le joueur prend en main la carrière d’anciens policiers rebels s’opposant au baron de la pègre, l’infâme Viktor Zuev. Cependant, il se doit d’agir avec prudence et discrétion, car l’homme a la main mise sur la ville de Ripton…  Le titre propose alors d’enchaîner diverses missions afin de démanteler ce réseau de malfaiteurs, tout en protégeant le citoyen lambda. En effet, de simple badaud à malheureux otage, il n’y a qu’un pas qu’une balle de revolver a tôt fait de survoler.

Malgré tout, derrière cette trame classique mais potentiellement intrigante se cache une progression décousue. N’espérez pas une mise en scène empruntant les codes du polar noir, tant l’aspect rudimentaire de la narration saute aux yeux. En effet, point de cinématique pour rythmer l’aventure, mais des amoncellements de paragraphes sur fond coloré en guise de transitions entre des missions plus ou moins inspirées. Quel dommage ! En résulte une bien faible implication du commissaire que vous êtes, lequel aura souvent tendance à zapper de vaines palabres au profit d’une action ayant bénéficié de plus de soin. En outre, les personnages contrôlés ont bien peu de personnalité, et sont des coquilles vidées de leur âme. De ce fait, il est difficile de s’identifier à qui que ce soit, et encore moins d’éprouver la moindre empathie pour les membres de son équipe.

Avant toute chose, il est essentiel d’envisager Rebel Cops non pas comme un jeu de stratégie pure, mais comme un jeu d’infiltration. En effet, il serait suicidaire de foncer tête baissée, tant les mécaniques de jeu nous poussent à agir en toute discrétion. C’est pourquoi tout gunfight aura tendance à se solder par un game over, quand bien même le joueur opterait pour le mode facile. Aussi, ce dernier est vivement conseillé pour les novices, tant la difficulté du soft se révèle impitoyable.

L’oeuvre de Weappy Studio s’inspire grandement du concept d’un X-COM. Une petite frise indique l’ordre d’agissement des personnages, lesquels disposent généralement de deux mouvements par tour : un déplacement et une action. Par exemple, nos hommes peuvent se faufiler derrière un adversaire et lui intimer l’ordre de lever les mains. Ils disposeront alors de plusieurs tours afin de leur enfiler les menottes, ce qui les fera disparaître de la map. Quant au meurtre, il est immédiatement sanctionné par un cadavre récalcitrant… Qui alertera forcément les gardes ennemis terminant leur petite ronde vespérale ! Parmi les actions disponibles, il sera aussi possible d’inspecter une fenêtre pour prendre connaissance de l’intérieur d’un bâtiment, donner un coup de taser, utiliser une arme à feu, frapper à l’arme blanche, etc.

L’une des spécificités de Rebel Cops est son aspect coopératif avec l’IA. Ainsi, il est souvent judicieux de constituer des binômes, lesquels sauront s’entraider en cas de coup dur. Souvent, ils pourront avertir leur coéquipier avant qu’il ne commette l’irréparable et ne se fasse repérer par un mafieux. L’autre originalité est la possibilité de viser une partie du corps avant de tirer . Le bras bloquera toute action, la jambe tout déplacement, tandis que le cœur offrira un sursis de trois tours à la victime. Le headshot équivaut quant à lui à une mort définitive. Avant chaque prise de décision, il sera possible de consulter un camembert indiquant le pourcentage de réussite. Ce dernier dépendra du terrain et de la couverture de la cible.

Entre chaque mission, il est possible d’équiper nos recrues. Cependant, tous ces objets coûtent une fortune et il n’est pas rare d’envoyer nos pauvres policiers au casse-pipe, sans protection. En résultent forcément de grosses prises de risque pouvant entraîner le trépas dudit agent. Et à l’instar d’un Fire Emblem, il ne ressuscitera pas au chapitre suivant ! Cela peut s’avérer frustrant, surtout qu’il est également délicat d’entraîner nos personnages d’une mission à l’autre, car leur épuisement les empêche d’enchaîner les interventions. À cette difficulté parfois rebutante s’ajoute une gestion incohérente du brouillard de guerre. En effet, au-delà d’une certaine distance, vos personnages ne voient pas leurs adversaires, même sous un ciel bleu ensoleillé. Il est donc fréquent d’agir à l’aveuglette et de se retrouver nez à nez avec un bandit. Et les trois sauvegardes autorisées au sein d’une mission suffisent rarement à palier cette injustice.

Esthétiquement réussi, Rebel Cops s’illustre par un graphisme très anguleux, et les décors restent épurés. D’un point de vue ergonomique, l’expérience se révèle peu adaptée au mode portable. Effectivement, les développeurs ont opté pour une caméra beaucoup trop éloignée de l’action. Et cette dernière est couplée à une impossibilité de faire pivoter la vue afin de contourner les bâtiments. Ainsi, il est parfois très délicat de discerner les personnages et les différents éléments du décor. Dans un jeu d’infiltration, cela peut s’avérer problématique, car le genre nécessite une maîtrise absolue des lieux parcourus.

La partie sonore ne laissera pas un souvenir impérissable au joueur. Les quelques thèmes disséminés demeurent sympathiques mais sont trop peu nombreux pour surprendre. Les bruitages sont quant à eux rudimentaires, alors que l’on aurait pu attendre davantage de ce point de vue-là. Ainsi, les armes à feu ne procurent aucune sensation, et même les quelques scènes d’action finissent par se complaire dans une certaine monotonie. Cette absence d’immersion couplée au manque d’empathie pour les personnages fait du titre un plaisir froid. Bien loin de l’ambiance jazzy propre aux films mettant en scènes gangsters et autres ripoux de grand chemin !

Malgré ces quelques défauts, ce spin-of de This is the police offre un contenu conséquent, surtout considérant son prix peu élevé. L’aventure est longue et parsemée de quêtes annexes, même si ces dernières ont très peu d’intérêt scénaristique. En outre, la difficulté très relevée oblige le joueur à réfléchir constamment afin de ne pas se fourrer dans un inextricable guêpier. La possibilité d’équiper totalement notre petite team peut nous pousser à récupérer divers trésors au cours des missions. Leur revente sera source de profits afin d’obtenir des armes fiables et des munitions salvatrices.

Mais pour apprécier pleinement l’expérience, il faudra faire le deuil de la narration et de la diversité. Il sera également nécessaire de composer avec une certain répétitivité. Aussi, s’il n’a ni l’intelligence scénaristique de la série mère, ni la délicieuse complexité d’un X-COM, ce Rebel Cops peut combler quelques soirées d’automne. Peut-être saura-t-il, au détour d’une ruelle sombre, se glisser derrière l’oisiveté et la neutraliser quelques instants ?

Sympathique petit jeu mêlant stratégie et infiltration, Rebel Cops manque toutefois d’ambition. Il propose ainsi une histoire anecdotique, laquelle donne peu d’enjeux aux batailles livrées pour faire régner l’ordre et la justice. En outre, le soft oscille entre des mécaniques intelligentes et une ergonomie fluctuante, notamment causée par une caméra inappropriée et une difficulté élevée. Toutefois, le petit prix du titre le destine à toutes les poches. Aussi, l’expérience demeure très convenable sur le court terme. Même s’il conviendra de penser à une retraite anticipée pour ces anciens flics qui ont tendance, après quelques missions, à quelque peu radoter !

Test de Rebel Cops réalisé par Yorick sur une version offerte par l’éditeur
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